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dimanche 6 décembre 2015

Les doigts roses.

À mesure que le temps passe,
Mon âme se lasse.
Le noir emplit mes yeux,
Le froid mes os et peu m'émeut.

Machinalement, mon corps répète
Puis s'arrête.
Puis recommence,
Pour de nouveau se perdre dans un sommeil à la limite de la transe.

Il est compliqué de se sentir exister
Lorsque, malgré vos divagations aérées,
Votre corps ne ressent plus.
Il est comme vide et perdu

Dans le monde qui l'entoure.
Néanmoins, un moment permet son retour
Dans la Vie.
C'est lorsque les yeux endormis

Voient Aurore.
Munie de ses beaux atours,
Aurore glisse sur l'eau,
les nuages et le ciel. Ses faisceaux

Lumineux transperçant la vue.
Aurore se révèle pour le Jour.
Disparaît en lui et devient aussi transparente que nue.
Et mon âme pansée part pour un nouveau tour.






samedi 7 novembre 2015

Rien ne vaut une douce maman - L. Tolstoï, Anna Karénine

Parce qu'avoir une citation de Tolstoï cela poutre un peu beaucoup. Mais, en même temps, celle-ci est si vraie. Enfin pour ceux qui ont une bonne relation avec leur mère.

Et parce que je ne pouvais pas évoquer une autorité supérieure sans une autre.

Elle est beaucoup de choses. Très protectrice mais aussi un peu trop abnégation power sur les bords. Sans doute son éducation chez les Ursulines. Elle a beaucoup de culture et est assez curieuse bien que dubitative sur beaucoup de choses. Elle commence enfin a vouloir vivre un peu. Elle aime les couleurs chaudes. Elle a appris le braille.

C'est d'ailleurs cette anecdote que je vais raconter et cela sera amplement suffisant.

Donc ma divine mère n'y voyait pas. Mais quand je dis cela je ne mâche pas mes mots : enfant, elle n'y voyait pas à deux centimètre si bien qu'elle était considérée comme aveugle. La vieille garce lui reprochait tout et "en plus elle n'y voit pas"; rien pour plaire la pauvre fille.
Alors elle a été envoyée à Marseille pour être soignée et apprendre à se débrouiller. Sa journée se rythmait entre la vie et l'école chez les soeurs de la fondation Arc-en-ciel et l'hôpital l'Hôtel Dieu (magnifique bâtiment aujourd'hui transformé en véritable hôtel). Tous les jours, elles et d'autres enfants descendaient la Montée de l'Oratoire, le cours Pierre-Puget puis la rue Breteuil, le cours Jean Ballard et enfin longeaient le Vieux Port jusqu'à arriver à l'hôpital. Si vous êtes déjà allés à Marseille vous savez que cela fait une sacrée trotte à patte. Car la Montée de l'Oratoire est situé juste en dessous de la Bonne Mère; d'ailleurs ils y allaient pour l'office du matin tous les dimanches.

En bref, la vie de ma mère cela n'a jamais été simple et ce, depuis le début.

Tu la téma ma magnificence ?! Pierre Puget était un artiste marseillais. Sur la statue il est écrit "Les Marseillais rendent hommage à celui devant qui le marbre tremblait". Nous n'exagérons jamais.

Une bulle de verdure dans la cité phocéenne. Une bulle qui a plus de 200 ans.

À l'occasion du 1er Novembre, Moune et moi sommes montées à la Bonne Mère pour déposer deux cierges dans la crypte de la Vierge. Cela a été l'occasion d'une bonne balade sous le soleil d'hiver. J'aime l'hiver à Marseille : l'air y est froid et sec, le soleil brille toujours, tu peux boire un thé fumant sur les terrasses tout en sentant l'iode de la mer. Si un jour je dois revenir m'installer, ce sera ici. Marseille est ma seconde Mère.
Involontairement, je suppose, Moune m'a fait passer par une partie du chemin qu'elle empruntait enfant. Je suppose qu'ayant récemment vécu ses opérations des yeux, elle voulait revivre son enfance aveugle et "revoir" ce qui avait été son univers pendant presque 5 ans. Elle avait 5 ans quand elle est arrivée à Marseille. On a donc déambuler dans la colline Puget. Je me gausse encore en pensant aux parisiens se plaignant de grimper Montmartre; mes pauvres chéris, ne venez jamais ici, des collines il n'y a que ça. Mais bref, la colline est parcourue d'un silence quasi religieux alors qu'elle est ultra fréquentée par les enfants et les familles.
Il y a aussi deux autres statues : Louis Braille et le père Louis-Toussaint Dassy. L'un a créé un moyen d'écrire et de communiquer basé sur un encodage militaire (encore utilisé à l'heure actuelle) et l'autre est le co-fondateur de ce qui a sauvé ma mère. Je dois avouer qu'en face de ces deux statues, j'ai peiné à retenir mes larmes. Moune me parlait d'eux avec un amour proche de l'idolatrerie mais j'ai retenu une phrase en particulier :

Tu vois moi je ne voyais rien et on avait rien pour nous aider réellement. 
Ces gens se sont penchés vers des êtres comme moi. 
Des êtres qui, aux yeux de presque tous, étaient une perte de temps.

Malgré l'émotion nous avons continué. La Bonne Mère n'était plus très loin, nous sommes montées par le chemin de Croix, toujours sous le soleil radieux.
Nous avons regardé la mer et Marseille fourmiller sous nos yeux en compagnie de gens de toutes les origines, de toutes les religions, de toutes les nationalités. Elle est la Mère de Marseille, affectueusement les musulmans l'appellent Oummi ou Unma, les juifs lui rendent grâce, j'ai même vu des bouddhistes venir lui rendre hommage etc... Lors du siège de Marseille par les Nazis, les marseillais se sont battus bec et ongle pour la libérer; qu'importe mourir si Elle était libre. Bombardée, à moitié détruite, Elle a tenu jusqu'au bout, a été réparée et salue toujours sa jumelle par de-là la mer.


Oui même les huissiers.

Et oui, il y a des répliques de bateaux accrochés un peu partout. La tradition est d'apporter une image ou une réplique miniature pour bénir le bateau.


La basilique fourmille de détails. On peut y passer des heures entières.

Après les bondieuseries, j'ai réussi à pousser ma mère à passer par la rue où se trouvait ce qui avait été "chez elle". La Montée de l'oratoire, même que plus loin on avait droit à une merveilleuse boutage marseillaise :

Oui c'est une avenue.
Mais bref, une fois arrivées devant le 8 Montée de l'oratoire. Moune était hésitante devant la sonnette, j'ai appuyé à sa place. Vigoureusement. Au bout de la troisième fois, une petite soeur nous a ouvert. Elle avait un nom trop cool : Soeur Georgette. Moune lui a expliqué ce qu'elle avait vécu et là, je crois sincèrement que son coeur a eu une épiphanie, la soeur lui gentiment proposé d'entrer et de revoir l'endroit. Elle lui racontait toute son histoire, les moments, la façon dont c'était organisé auparavant, elle touchait les objets. C'était très émouvant de la voir ainsi.
Pendant 1h, ma mère était redevenue une enfant.
L'apothéose fut quand la soeur lui proposa de venir dans la chapelle.
J'ai laissé ma mère tranquillement prier; j'entendais ses pleurs légers. J'ai demandé l'autorisation à la soeur et j'ai pu prendre cette photo.
Elle a toute l'émotion et la simplicité de l'être humain.




Nous sommes reparties vers la mer. À temps pour voir un coucher de soleil qui venait clore cette douce journée. Alors que le soleil se couchait, de la musique bourdonnait dans mes oreilles. Doucement, comme un souvenir.




(Cela vaut également comme samedi de l'interlude musical x 2)

dimanche 25 octobre 2015

“Dans une prochaine vie, papa, j'aimerais te reprendre comme père.” - Bernard Werber

Mr. Sous des Fuki dans le jardin botanique de Londres. Il avait du mal à croire qu'une "plante" soit plus grande que lui.

Le 17 octobre dernier était l'anniversaire de mon père.
Cette année fera 8 ans qu'il a disparu un soir de 1er décembre.

Je ne peux pas dire qu'il a été un bon ou un mauvais père, je pense qu'il a fait du mieux qu'il pouvait du fait de ses propres démons. Il n'aimait pas parler, ne savait pas faire de câlins, n'appréciait pas que l'on bouge son atelier ou que l'on soit là quand il cuisinait. Il aimait le tabac gris, les roses jaunes, cuisiner du sanglier qu'il avait chassé, la moto, s'asseoir pour fumer la pipe en écoutant des vinyles devant un feu. Je ne peux dire honnêtement si mon père m'aimait ou non, ne l'ayant jamais entendu de sa bouche; beaucoup me disent que oui mais ce n'est pas pareil que si la personne vous le dit n'est-ce pas Lecteur ?

Ma mère me dit souvent que mon père et moi nous ressemblons atrocement. J'ai les mêmes gestes et mimiques par moments : la façon que j'ai de regarder la mer, la façon dont je tiens mon cigarillo ou mon regard perdu dans le vague, la façon que j'ai de m'arrêter et d'aider silencieusement quelqu'un sans attendre d'entendre un merci. 

Nous étions des fuyards des sentiments. Nous nous aimions sans doute en secret comme deux imbéciles incapables de communiquer; seulement d'essayer de capturer l'autre par des images. Jamais réellement ensemble, toujours dans deux bulles à s'observer à la dérobée.
Néanmoins, je ne peux pas dire que je regrette de ne pas lui avoir dit des choses ou fait d'autres; jamais. Et malgré le mal qu'il a pu me faire, je ne regretterais jamais que cet homme, Marc, fût mon père.


Mon pauvre, triste et maladroit papa.



Ce que mon coeur se rappelle ce ne sont pas les cris et les larmes, l'alcool, les coups manqués. Cela ma tête s'en charge.
Le coeur lui se rappelle des sorties en moto, des heures à réparer celle-ci dans le cambouis, des plats chaleureux, des moments tranquilles dans la même pièce sans un mot, de la dernière accolade qui fût le pardon empli de promesses d'avenir.



Alors je t'ai aimé, je t'aime et je t'aimerais.





samedi 26 septembre 2015

Revanche ou mise en lumière ?


J'aime la Mode, c'est un fait.
Et je dis bien la Mode, la grande, la sublime, celle qui est la matrice de tous les styles quel que soit le pays, la culture ou la musique ou autre inspiration qui peut générer un nouvel enfant. Il est vrai, également, que j'ai quelques préférences (qui n'en a pas ?) mais j'essaie toujours de garder au maximum mon esprit ouvert. Cela passe à grand coup de bouquins, reportages, expos et autres découvertes musicales ou scientifiques.

Il y a, dans ces mouvements (plus que des styles) que j'apprécie, le Lolita. Tout du moins, ce que j'en connais. Oui parce qu'à l'heure actuelle, je me demande encore si nous pouvons toujours parler d'un seul et même mouvement ou s'il faudrait plus parler d'une rupture entre deux époques. Mais ce sera l'objet d'un autre billet (avec des photos et tout, tu comprends Lecteur ?).

Aujourd'hui nous avons trois ambassadrices Lolita en France et il en est de même pour d'autres pays (le nombre pouvant varier); initiative intéressante mais qui demande à être mieux exploitée par moments mais ce n'est pas le sujet.
L'une d'elles est Pom, dont je vous invite à lire le blog ou encore la page FB, que j'apprécie beaucoup. Nous ne sommes pas amies, de vagues connaissances tout au plus soyons honnêtes mais il se dégage d'elle une très grande bonté et une délicatesse dans le regard qui fait se sentir à l'aise voire rassurée quand on lui parle. Bon en plus nous sommes toutes les deux du Sud, nous devons renifler ce genre de choses. Dernièrement, il y a eu un ramdam autour d'elle car elle a participé à une émission de télé réalité, les Reines du Shopping. Personnellement, je n'en ai pas vraiment eu cure, je ne voyais aucunement sa participation comme une occasion de montrer le Lolita sur une chaîne de grande diffusion. Les trop nombreux reportages réalisés auparavant par certaines chaînes ne m'avaient pas fait vomir mes entrailles non plus. Et puis, je regardais déjà les reines du shopping auparavant de temps en temps car, que vous les vouliez ou non, madame Cordula connait son métier (et son accent est merveilleusement entraînant).

J'ai été contente que Pom gagne, sa tenue était, effectivement, originale tout en restant dans SON caractère à elle. Bon après il y a aussi le fait qu'il y ait du bleu *koffkoff*.
Néanmoins, le ramdam m'a posé soucis. Il y avait comme une agitation qui secouait les gens de la communauté Lolita, comme si cette participation n'était plus une simple candidature mais une occasion de pointer du doigt les médisants qui "disent que". Je lisais nombre de commentaires écrivant "d'habitude je ne regarde pas mais là..." ou "je n'aime pas cette émission de mode moldue" etc etc. et je restais perplexe. 
 
Les gens sont-ils tellement en recherche d'une forme d'approbation de la part de la masse ? Souhaitent-ils prendre une forme de revanche inconsciente sur ces personnes qui les critiquent sans connaître ? A-t-on réellement besoin de cette reconnaissance ?

À mon sens, ce qui n'était qu'une candidature s'est limite transformée en mini campagne pour la promotion du Lolita dans la têtes de quelques personnes. On a presque l'impression qu'il y a eu un énorme éclair de soulagement, des soupirs de satisfaction en voyant la gagnante. Pom a choisi les vêtements qu'elle aimait, pas parce que ceux-ci étaient estampillés Lolita mais parce qu'elle en apprécie les coupes à leur juste valeur. Point. Il ne faut pas aller chercher beaucoup plus loin. 
Que se serait-il passé si elle n'avait pas remporté la victoire ? Un nouveau pugilat de chaîne ? Les personnes si heureuses de cette mise en lumière seraient devenues des harpies griffues aux paroles haineuses ?

La plupart des Lolitas disent se contre ficher du regard des autres mais ces réactions montrent bien le contraire. Il y a une envie latente d'être reconnue, soutenue voire "admirée" par les autres. 

Néanmoins, elles ont le même type de réactions que d'autres face à ce qu'elles nomment la "mode normale" ou "mode moldue". Cela signifie donc que, dans un sens, le Lolita n'est qu'une part de l'être et non l'entier. En résumant le Lolita uniquement à son aspect vestimentaire soit c'est logique mais ce mouvement revendique une identité culturelle, une histoire et c'est là où le bas blesse. En perdant, trop souvent, de vue l'aspect culturel du Lolita au profit des falbalas et autres ennoblissements, la plupart des personnes se laissent gagner par le même scepticisme que les personnes extérieures au Lolita ont sur elles. Et l'on arrive à ce type de réaction "ENFIN, le lolita n'est pas descendu en flèche dans une émission grand public.". 

Mais tu sais Lecteur, Arte montre depuis des années des reportages sur le Lolita et autres contre-cultures et ce que tu appelles original en matière d'habits n'est rien d'autre que la "mode moldue" de l'ère victorien ou rococo version plus contemporain. Tu recherches donc l'approbation d'un public ayant pour histoire ces modes tout en négligeant, voire dédaignant, ce qui est à l'heure actuelle.

La Mode n'est qu'un éternel recommencement et elle diffère selon les pays, les cultures et l'histoire. Dire qu'une chose est meilleure qu'une autre et rechercher l'approbation de la masse sont deux choses inutiles. 
Pour la première, on ne peut librement comparer des philosophies de mouvement/réflexions/corps car elles sont différentes, elles sont plus là pour s'enrichir mutuellement qu'autre chose. Ainsi regardes par dessus tes drapés de dentelle et tu verras que la Mode est infiniment riche et généreuse.
Pour la seconde, à trop vouloir demander à une contre-culture d'entrer dans la lumière, elle perd toute sa saveur et son histoire. 

Ta liberté, tes revendications textiles valent-elles si peu ?